Quelles baleines vous verrez
Les baleines ne passent pas devant Québec. Elles se nourrissent à environ trois heures en aval, là où le Saguenay rejoint le Saint-Laurent, et une sortie y croise en général deux à quatre espèces de mammifères marins. Ce guide les passe en revue une à une, puis explique comment les reconnaître depuis un bateau en mouvement.
Pourquoi les baleines se rassemblent à trois heures en aval
À Québec, le Saint-Laurent est encore un fleuve à l'eau trop douce pour les baleines et leurs proies. À quelque 210 km par la route, à l'embouchure du Saguenay, le profond chenal Laurentien vient buter contre un seuil peu profond. L'eau froide et riche en nutriments des profondeurs remonte contre cette marche et nourrit le krill et de petits poissons comme le capelan. Les baleines suivent la nourriture, et c'est pourquoi toutes les excursions de ce site finissent dans le même secteur, au large de Tadoussac et de Baie-Sainte-Catherine.
Cette eau reste froide tout l'été, autour de 2 à 10 °C. Le secteur est protégé depuis 1998 par le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, que Parcs Canada et le Québec gèrent ensemble. AML indique que 13 espèces de baleines ont été observées dans le parc. Sur une seule sortie, les voyageurs récents en comptent en général deux à quatre.
Les bélugas, résidents blancs
Les bélugas sont les seules baleines présentes ici toute l'année. Le groupe du Saint-Laurent est la population de bélugas la plus méridionale du monde, une espèce arctique qui n'est jamais repartie. Les recensements fédéraux de ces dernières années indiquent environ 1 500 à 2 200 individus, et la population est classée en voie de disparition. Les adultes atteignent environ 4 à 5 m et blanchissent avec l'âge. On les repère donc à leur dos pâle qui roule au ras de l'eau, sans nageoire dorsale.
On les voit surtout près de l'embouchure du Saguenay. Les bateaux d'excursion ne partent pas à leur recherche et doivent rester à 400 m, si bien que, la plupart du temps, ce ne sont que des formes blanches au loin. De temps à autre, un groupe passe de lui-même près d'un bateau à l'arrêt. Notre guide des bélugas raconte leur histoire, et le fjord du Saguenay en bateau présente les eaux profondes toutes proches.
Les rorquals qui viennent se nourrir
La plupart des autres grandes baleines de l'estuaire appartiennent à la famille des rorquals, des baleines à fanons à la gorge plissée qui engloutissent l'eau et en filtrent le krill et les poissons. Elles arrivent au printemps ou en été et repartent vers le large à l'automne.
Petit rorqual
Le petit rorqual est le rorqual le plus commun de l'estuaire, et le plus petit. Il fait surface rapidement, avec un souffle à peine visible. Vous voyez un dos sombre et une petite nageoire courbée, puis il disparaît. Les petits rorquals sont là dès les premières semaines de la saison, et une sortie en mai commence donc souvent avec eux.
Rorqual commun
Le rorqual commun est le deuxième plus grand animal de la planète, et les voyageurs le voient souvent. Cherchez une haute colonne de souffle bien droite, puis un long dos sombre qui n'en finit pas de rouler avant qu'apparaisse une petite nageoire inclinée vers l'arrière. Le rorqual commun lève rarement la queue en plongeant.
Baleine à bosse
La baleine à bosse est celle des affiches. Elle lève sa nageoire caudale avant une plongée profonde et, certains jours, elle jaillit hors de l'eau. On la voit plus souvent dans l'estuaire ces dernières années. Le motif sous chaque queue est aussi unique qu'une empreinte digitale.
Rorqual bleu
Le rorqual bleu, le plus grand animal de la planète, est un visiteur occasionnel plutôt qu'un habitué. Il se montre surtout en fin d'été, en général plus au large, et comme les bélugas il est soumis à la règle des 400 m. Comptez-le comme un coup de chance, pas comme un objectif.

À hauteur du fleuve
Le Zodiac est assez bas pour que, par temps calme, vous entendiez souvent un souffle avant de le voir, à partir de ~116 €. Les deux sites de réservation permettent d'annuler gratuitement jusqu'à la veille.
Les distinguer depuis le bateau
Les baleines montrent rarement plus qu'un dos et un souffle, et le naturaliste à bord vous nommera la plupart d'entre elles. Ces indices vous aident à les identifier vous-même.
- Pas de nageoire, peau blanche. Un béluga. Des animaux gris de même forme sont de jeunes bélugas ;
- Souffle haut et droit, long dos. Un rorqual commun, surtout quand le dos semble rouler sans fin avant que la nageoire apparaisse ;
- Souffle touffu, puis la queue en l'air. Une baleine à bosse qui part en plongée profonde ;
- Presque pas de souffle, une petite nageoire vite disparue. Un petit rorqual, en général remonté et redescendu en quelques secondes ;
- Un souffle énorme et un dos gris-bleu marbré, avec une minuscule nageoire loin derrière. Un rorqual bleu, si la chance est avec vous ;
- Une petite nageoire sombre et triangulaire, basse et rapide. Un marsouin commun.
Des jumelles servent plus qu'un téléobjectif, et aucune excursion n'en fournit. Voir des baleines depuis la rive applique les mêmes indices depuis les rochers de Pointe-Noire.
Phoques et marsouins
Les phoques communs et les phoques gris vivent autour de l'embouchure du Saguenay, et une tête ronde surgit parfois pour observer le bateau. Les marsouins communs sont plus petits que toutes les baleines d'ici et farouches, si bien qu'on voit surtout une nageoire sombre qui bascule et disparaît. Les voyageurs les citent tous deux à côté des baleines, et un jour creux, ils évitent à la sortie de paraître vide.
Vos chances lors d'une sortie type
Aucune excursion ne peut promettre une baleine, et aucune de ces annonces ne s'y risque. Par une journée d'été dégagée, la plupart des sorties voient quelque chose, à en juger par les avis, et un duo fréquent associe petits rorquals et rorquals communs, avec des bélugas en dos blancs au loin. Les baleines à bosse font une belle journée. Un rorqual bleu fait une histoire que l'on raconte pendant des années.
C'est le brouillard qui change le plus les chances. Les bateaux sortent quand même, et les observations chutent quand on ne voit pas à plus d'une centaine de mètres. AML ne promet une seconde sortie que si une excursion ne voit absolument rien, et des voyageurs ont appris qu'un seul petit rorqual à peine visible dans le brouillard suffisait à annuler cette promesse. Les règles de distance comptent aussi. Les bateaux restent à 400 m des bélugas et des rorquals bleus et se tiennent aussi à l'écart des autres, si bien qu'une baleine le long du bateau n'arrive que lorsque la baleine le décide. Les meilleurs mois pour les baleines montre quand chaque espèce est la plus probable, et le guide des prix chiffre chaque excursion.
Des ours le même jour
Certains visiteurs veulent plus de faune que le fleuve n'en offre. La formule baleines et ours vendue par AML, à partir de ~139 €, enchaîne votre croisière avec deux heures d'observation des ours au crépuscule dans une ferme appelée Ferme 5 Étoiles, près de Sacré-Coeur, et vous conduisez vous-même entre les deux. Le hic, ce sont les ours. La nourriture les attire, et vous les regardez depuis un mirador. Beaucoup de voyageurs trouvent cela mis en scène, et certains n'en ont vu aucun. Si des animaux sauvages dans un cadre sauvage comptent pour vous, les baleines sont la meilleure moitié de ce billet, et Zodiac ou grand bateau ? vous aide à choisir la croisière.